Les habiletés pro-sociales sont plus faciles à acquérir dans un contexte qui ne véhicule pas des éléments pouvant favoriser la rivalité. Voici dix attitudes de l'adulte à remettre en question pour créer un climat propice à l'apprentissage de l'harmonie.
1. Ne comparez pas deux enfants entre eux. Parfois on pense stimuler l’enfant en établissant une comparaison avec un autre enfant… "Regarde Sara et fais comme elle" peut entrainer le discours intérieur "Sara est meilleure que moi, je ne suis pas bonne" et des frictions entre les deux enfants. Rappelez-vous : chaque enfant est unique! Décrivez plutôt la conduite à adopter dans cette situation comme "Mets ta botte debout, appuie-toi sur le mur et enfile ton pied dedans". Autre exemple: au lieu de dire: "Sois polie comme ta sœur!" dites plutôt "Je n’accepte pas que tu me parles comme ça, reprend ta phrase poliment ! »
2. Attention au mythe de l'égalité matérielle! Certains adultes ont pensé avoir trouvé LA solution pour que les enfants ne se querellent pas en essayant d’être "juste", c’est-à-dire de traiter les enfants avec égalité en leur donnant à tous exactement la même chose… le même nombre de crayons à chacun… un bonbon rouge à tout le monde… la même quantité de nourriture à tous… Dans les faits l’application de cette méthode donne le résultat contraire à celui espéré, les enfants se disputant continuellement plutôt que d’être en harmonie. L’égalité est un mythe. Pourquoi? Parce que cela revient… à la comparaison! En effet, cela ne prend pas de temps pour que les enfants se rendent compte que l’adulte tente de tout quantifier en choses égales. Les enfants embarquent dans le jeu et se mettent à vérifier constamment ce qu’ils reçoivent par rapport aux autres. Les querelles vont naître à partir de détails infimes : une sucette verte est-elle d’égale valeur à une sucette orange ou vaut-elle moins? Le fait d’avoir un crayon de moins que les autres va devenir un drame et cela même si l’enfant en a déjà toute une boîte! Les enfants vont d’ailleurs tenter de vous entraîner dans cette recherche d’égalité en clamant : « Théo a eu plus de crêpes que moi! ». Et vous tomberez dans le panneau si vous répondez : « Mais non! Tu en as eu 3 et Théo aussi. » parce que l’enfant rétorquera aussitôt « Oui mais celles de Théo étaient plus grosses que les miennes! » ce qui entraîne une escalade sans fin. Au lieu de donner la même chose à tous, donnez à chacun selon ses besoins. Par exemple si Sophie dit: « Ce n'est pas juste Théo a eu plus de crêpes que moi! », ne vous attachez pas à démontrer qu’ils en ont eu le même nombre mais allez directement au besoin en demandant « Est-ce que tu as encore faim? » J'ai d'autres crêpes.
3. Quand un enfant exprime des sentiments négatifs, ne les réprimez pas mais utilisez l'écoute active (voir le livre "Parents efficaces" de Thomas Gordon). Il arrive parfois que l’enfant exprime spontanément des émotions négatives à l’égard d’un autre…Je déteste mon petit frère!... Je vais briser son jouet!... Utilisez l’écoute active. Cette technique consiste à écouter attentivement ce que l’enfant exprime puis à lui refléter ce qu’il ressent sans jugement. Cette technique humaniste a pour effet de mettre l’adulte dans une position empathique et de permettre à l’enfant d’évacuer la pression intérieure qu’il ressent et de se sentir entendu. De plus, cette approche a souvent pour effet d’apporter des éléments de solution au problème qui se pose. À l’inverse, le fait de refouler la verbalisation des émotions a pour effet d’augmenter la frustration et l’agressivité qui va alors chercher à se dissiper dans le passage à l’acte agressif. Cela fonctionne donc un peu comme un autocuiseur : quand la pression intérieure est trop forte, il faut laisser la pression sortir petit à petit sinon le couvercle va sauter! Voici un exemple d’échange avec l’écoute active :
Enfant (ton fâché) : Je déteste mon petit frère!
Adulte : Oh! Tu as l’air fâché contre ton frère!
Enfant : Je suis en train de dessiner et chaque fois que je veux une couleur il me la prends
Adulte : Il veut faire comme toi et il prends ton crayon
Enfant (plus calmement) : Oui! C’est ça! Et je ne peux plus dessiner!
Adulte : J’ai une autre boite de couleurs. Je pourrais lui donner. Comme ça il pourrait t’imiter sans prendre ton crayon, qu’est-ce que tu en penses?
L’enfant (souriant) : C’est une bonne idée!
Le reflet consiste ainsi écouter ce que l’enfant dit et à reformuler ce qu’il ressent. Il ne s’agit donc pas de faire le « perroquet » en répétant mot à mot ce qu’il a dit mais de faire ressortir ce qui est sous-entendu.
4. Ne tolérez pas les actes agressifs ou les paroles verbales trop blessantes. Il faut les interdire et les canaliser de façon acceptable. Tolérer que des enfants aient des gestes agressifs ou des paroles blessantes envers d’autres enfants crée un climat d’insécurité pour certains enfants, augmente leur anxiété et affecte leur estime d’eux-mêmes. Donnez des consignes claires sur les conduites agressives : il est interdit d’insulter les autres, de les humilier, de les pousser, les frapper ou les intimider. Quand de tels comportements se présentent vous devez intervenir rapidement et les faire cesser.
5. Ne punissez pas tout le mond epour un ou deux fautifs. Qui n’a pas vécu la situation suivante en classe : quelques élèves chahutent, le professeur n’arrive pas à reprendre le contrôle et décide de donner un devoir supplémentaire à toute la classe en guise de conséquence. Frustrant, n’est-ce-pas? L’objectif recherché semble être de se servir de la pression du groupe pour amener les fautifs à changer leurs conduites. Mais est-ce bien au groupe d’assumer cette responsabilité? Cela n’a-t-il pas plutôt pour effet de briser la cohésion du groupe et d’inciter au rejet possible des individus dissipés? L’intervenant a beaucoup à perdre à agir de cette manière car il perd une certaine crédibilité auprès des jeunes qui n’ont rien fait, qui se retrouvent pénalisés et vivent un sentiment d’injustice. Punir tout le monde pour un ou deux fautifs c’est aussi :
• Menacer de retirer une activité à tous parce que quelques enfants font des bêtises
• Imposer le silence ou une sanction à tous les enfants parce que certains n’ont pas écouté
• Abréger un jeu parce qu’un ou deux enfants ne jouent pas bien alors que les autres s’amusent
• Etc.
Alors quand quelques enfants ne vous écoutent pas, ciblez votre interventions auprès de ceux-ci plutôt que d’annoncer à la ronde : « Il n’y aura pas d’histoire avant la sieste et tout le monde se couche plus tôt! »
6. Ne récompensez pas la rivalité par trop d’attention, récompensez l'harmonie! Par exemple, si vous avez dans votre groupe un enfant qui crie facilement, commencez par être attentif aux moments où il joue sans crier et empressez-vous de le féliciter pour ce fait. Les renforcements positifs qui soulignent les comportements appropriés ont pour effet d’augmenter la fréquence et la durée de ceux-ci! De même, si vous avez 2 enfants dans votre groupe qui ont du mal à s’entendre, il faut surveiller les périodes où ils jouent en harmonie et le souligner en montrant votre appréciation, en prenant une photographie d’eux et en l’affichant, en leur donnant une petite récompense, etc. En le faisant régulièrement vous verrez les conflits entre eux diminuer et l’harmonie augmenter. Testez-le : ça fonctionne!
7. Les étiquettes confinent les enfants dans un rôle et peuvent engendrer des frictions ou des dynamiques négatives entre les enfants. Parfois cela se manifeste par un qualificatif associé à chaque enfant : la sportive, le clown, l’artiste, la rêveuse, l’enfant « difficile », la sérieuse, etc. Ces étiquettes réductrices peuvent même influencer le comportement de l’enfant : c’est ce que les chercheurs ont appelé l’"effet Pygmalion". Selon les chercheurs, les attentes que les adultes ont envers des enfants ont tendance à se réaliser: c’est la confirmation des prévisions. Ainsi, si un enfant est étiqueté comme « agressif », l’éducatrice s’attendra plus ou moins consciemment à des conduites de ce type et l’enfant, tout aussi inconsciemment, aura tendance à agir selon ce qu’elle attend de lui. N’enfermez pas les enfants dans un rôle. Mieux, utilisez le pouvoir de l’effet Pygmalion à votre avantage en faisant des prédictions positives! Ainsi, si vous dites régulièrement à un enfant agressif « Tu vas t’améliorer, je sais que tu peux aussi être doux avec les amis », vous verrez progressivement un changement positif dans les réactions de cet enfant. Il viendra même parfois vous dire fièrement « Je me suis améliorée Nicole! »
8. Pour les frères et sœurs (et pour la RSG qui a son propre enfant dans le groupe), permettez à chacun d’avoir son espace, ses jouets, ses activités et ses amis, surtout lorsqu’ils sont d'âges bien différents. Lorsqu'on les oblige systématiquement à partager leurs jouets, vêtements, friandises etc., l'intolérance s'installe rapidement. Il faut aussi être réaliste dans les exigences que l'on a envers nos aînés et ne pas les responsabiliser de façon excessive.;
9. Évitez les sermons, les cris, les blâmes; ils permettent à l'adulte de se défouler mais n'ont aucun impact positif sur les relations entre les enfants. Gérez votre stress et clarifiez avec vos enfants les conduites que vous attendez d’eux. Essayez de trouver des jeux, tâches ou projets communs où tous pourrait collaborer et s'amuser ;
10. N'acceptez pas qu'un enfant vous rapporte les faits et gestes des autres. C'est une manière détourné d'avoir votre attention mais l'enfant qui agit ainsi risque d'être rejeté par les autres. Enseignez aux enfants qu'il y a 2 sortes de rapportage : les bons et les mauvais. Acceptez le bon rapportage (quand une personne est en danger ou que des objets sont en jeu) et refusez d'écouter tous les autres.
