Les pictogrammes

QU’EST-CE QU’UN PICTOGRAMME?

On appelle pictogramme ou « picto » un dessin simplifié désignant le plus clairement possible une action à faire ou un concept plus abstrait comme une émotion. Leur sens est sans équivoque et peut être compris par n’importe quel observateur, sans apprentissage. Le pictogramme a donc pour but de passer un message. Bien que les pictogrammes aient étés développés au départ pour stimuler les enfants ayant un trouble envahissant du développement, ce sont des outils pédagogiques qui peuvent s’adresser à tout enfant d’âge préscolaire.

OÙ TROUVER DES PICTOGRAMMES?

Si vous avez un talent en dessin, vous pouvez dessiner vos propres pictogrammes. De nombreux sites internet proposent des pictogrammes, il suffit de taper dans un moteur de recherche les mots « pictogramme » et « enfant » mais certains ont des copiright et ne peuvent donc pas être copiés sans autorisation ou doivent être achetés. Voici deux suggestions :
- Le site internet www.sclera.be propose une banque très complète de pictogrammes gratuits
- Le livre avec CD « Les pictogrammes » propose des pictogrammes plus colorés et ludiques pour les enfants à un coût abordable. Voir le site www.lespictogrammes.com

Les pictogrammes peuvent porter sur une foule de sujets. En voici quelques uns :

  • Des verbes d’action comme regarder dans les yeux, fermer la bouche en mangeant, attendre son tour, ranger les jouets, partager, écouter, etc.
  • Les comportements interdits et les habiletés sociales à faire à la place par exemple ne pas crier / parler doucement, ne pas s’éloigner du groupe / suivre le groupe, interdit de frapper / dire avec des mots, etc.
  • Les émotions content, triste, fâché, timide, peur, fatigué, etc.
  • Les tâches ou responsabilités : allumer la lumière, faire le chef de file, arroser la plante, mettre le couvert, distribuer les cuillères, etc.
  • Les routines ou consignes usuelles, par exemple s’habiller, se brosser les dents, se laver les mains, se moucher, faire la sieste, se déplacer en file, s’asseoir en cercle, etc.
  • Des jeux ou jouets : blocs, matériel de bricolage, jeux de société, etc.

COMMENT PRÉPARER VOS PICTOGRAMMES

Sélectionnez les pictogrammes qui vous seront les plus utiles. Pour leur utilisation en service de garde, la grandeur idéale d’un pictogramme est d’environ 8 cm x 8 cm, de manière à tenir facilement dans la paume de la main. Imprimez-les sur du carton mince, découpez-les et plastifiez-les. Ceci demande un petit investissement de temps et d'argent mais il en vaut la peine car ils dureront beaucoup plus longtemps et il sera possible de les désinfecter, un avantage non négligeable car les enfants aiment beaucoup pouvoir tenir le pictogramme dans leurs mains. Vous pouvez coller au verso de chaque pictogramme un morceau de velcro qui vous permettra de présenter des séquences sur une bande velcro collée sur un carton. L’enfant participe en enlevant les pictogrammes au fur et à mesure que les actions sont complétées ou encore en cochant à côté avec un crayon. La gommette peut jouer le même rôle.

Ne gardez pas vos pictos empilés comme un jeu de carte car il devient très frustrant de chercher constamment le picto requis! Procurez-vous des transparents avec des pochettes, comme pour placer des cartes de hockey, insérez un pictogramme par pochette et placez le tout dans un cartable. Il devient ainsi très facile de repérer le pictogramme dont vous avez besoin d’un coup d’œil. Vous pouvez aussi placer les pictogrammes que vous utilisez le plus souvent en mosaique (avec une gommette au verso) à l'intérieur d'une porte d'armoire ou sur un coin de mur hors d eportée des enfants. Vous pourrez ainsi trouver celui dont vous avez besoin d'un seul coup d'oeil.

COMMENT PRÉSENTER LES PICTOGRAMMES AUX ENFANTS

En général les enfants adorent les pictogrammes et sont curieux de les voir, de les toucher et de les manipuler. Captez d’abord l’attention de l’enfant avant de lui montrer un pictogramme. Nommez simplement ce que représente le pictogramme (l’action à faire, l’émotion ressentie, la consigne…) au moment où vous lui présentez l’Image. Vous pouvez lui mettre le pictogramme dans les mains, lui demander de pointer, lui faire choisir entre deux pictos, lui poser une question concernant ce qu’il voit sur le picto. Votre message a plus d’impact parce qu’il stimule tous les sens : auditif, visuel et tactile. Si vous utilisez le pictogramme avec un enfant qui ne vous regarde pas beaucoup dans les yeux, placez-vous à la hauteur de l’enfant et placez l’image à la hauteur de vos yeux afin de pratiquer l’enfant à vous regarder quand vous parlez ensemble.

DIFFÉRENTES UTILITÉS DES PICTOGRAMMES

  • Structurer le temps
    Exposez à la hauteur des yeux de l’enfant l’horaire-type de la journée. Cet outil aide l’enfant à se repérer dans le temps et à anticiper les événements de la journée. Quand un enfant s’ennuie de son parent et se demande quand il va revenir ou encore quand un enfant a du mal à accepter de mettre fin à son activité, amenez-le voir cet horaire et aidez-le à voir où en est rendu le déroulement de la journée et les séquences à venir. Afin que l’enfant voit la journée « avancer » certaines éducatrices fabriquent une flèche en carton collée avec une gommette au dessus du pictogramme indiquant l’activité en cours et la déplacent à chaque changement. D’autres font retirer les pictogrammes au fur et à mesure que chaque activité est complétée. Vous pouvez également associer à chaque activité un autre pictogramme avec un cadran à aiguilles indiquant l’heure où elle se déroule pour aider les plus vieux à apprendre à lire l’heure.

  • Structurer l’environnement
    Identifiez avec un pictogramme placé sur le mur la fonction des différents coins de jeu : coin lecture, coin pour les blocs, coin pour le bricolage, etc. Identifier le contenu des différents bacs avec des pictogrammes permet aux enfants d’être plus autonome car ils peuvent ainsi choisir le bac de jeu désiré sans en vider le contenu et ranger ensuite les jouets au bon endroit.

  • Structurer le comportement de l’enfant durant une séquence
    Les transitions sont des activités simples et courtes qui servent de lien entre deux activités plus longues ou qui amènent un changement d’activité ou de lieu. Les transitions sont en général constituées par une séquence comportant du rangement, des activités d’hygiène comme aller à la toilette et se laver les mains, l’habillage ou le déshabillage, se rassembler, attendre, se déplacer. Par exemple, si vous avez un enfant qui se désorganise lors des transitions, préparez à l’avance les pictogrammes représentant chaque action à faire, en ordre
    - ranger les jouets (picto 1)
    - aller à la toilette,(picto 2)
    - laver ses mains (picto 3)
    - s’asseoir à la table (picto 4) :
    - prendre la collation (picto 5)

    Le moment de la transition venu présentez les pictogrammes à l’enfant un par un en lui demandant d’exécuter ce qui se trouve sur l’image. S’il désire voir l’image suivante, dites-lui qu’il pourra l’avoir après avoir complété l’action indiquée par celui qu’il a. Quand il a terminé il vous remet le pictogramme et peut ensuite avoir le suivant qu’il exécute, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la séquence.

    La séquence peut concerner une action comme « S’habiller pour aller jouer dehors » que l’on décortique étape par étape. En hiver cela consiste à :
    - enlever ses souliers
    - mettre son pantalon de neige
    - mettre ses bottes
    - mettre son manteau
    - remonter la fermeture-éclair du manteau
    - mettre son cache-cou
    - mettre son chapeau
    - mettre ses mitaines

    Cette stratégie aide l’enfant à s’organiser et à agir. Vous renforcez ainsi l’efficacité de votre intervention éducative.

  • Enseigner des habiletés sociales
    Les pictogrammes sont très utiles pour aider l’enfant à identifier les émotions. L’animatrice présente le jeu des émotions. Commencer avec les émotions de base - joyeux, triste, fâché- avec les plus jeunes puis complexifier avec fatigué, gêné, déçu, peur, s’ennuie. Y aller d’abord en réceptif : vous nommez une émotion, l’enfant doit désigner le pictogramme correspondant. Pour chaque émotion, l’animatrice demande : « Comment as-tu fais pour savoir que le petit garçon était triste? » Elle fait remarquer les caractéristiques des traits du visage (sourcil, yeux, bouche vers le bas), C’est en observant les signes de la mimique que l’on peut connaître l’émotion.

    Aller ensuite en émetteur: vous désignez l’image et l’enfant doit nommer l’émotion associée. Encore une fois, faites associer aux enfants les signes de la mimique qui traduisent cette émotion. Quand les enfants sont capables d’identifier les émotions avec tous les pictogrammes, recommencer avec des photos de vrais visages d’enfant, ce qui est plus difficile!

    L’animatrice distribue ensuite aux enfants un petit miroir et leur demande de mimer les émotions étudiées, une à la fois, toujours en identifiant les signes corporels qui indiquent cette émotion. Les enfants sont souvent surpris de découvrir à quel point leur visage peut changer lorsqu’ils vivent différentes émotions! La dernière étape consiste à identifier les émotions directement sur le visage d’une personne.

    Vous pouvez aussi utiliser les pictogrammes pour renforcer vos consignes auditives concernant les conduites attendues. Plusieurs pictos peuvent être combinés pour expliquer quel comportement adopter selon une situation donnée : c’est ce qu’on appelle le scénario social. Il est important de présenter le scénario social en misant sur le comportement désiré plutôt que sur celui qui est inadéquat. Par exemple au lieu de dire :
    - quand je suis fâché (picto 1)
    - je frappe les autres (picto 2)
    - et j’ai une conséquence (picto 3)
    présentez plutôt la conduite positive :
    - quand je suis fâché (picto 1)
    - je me calme en respirant (picto 2)
    - puis je m’explique avec des mots (picto 3) ».

    Le pictogramme « interdit de frapper » (ou tout autre interdit) peut être utilisé lors d’une réflexion avec le pictogramme correspondant à l’action à faire à la place. Prenons l’exemple d’un enfant qui mord. Après une morsure, on peut isoler l’enfant mordeur sur la chaise de la réflexion pendant que l’on s’occupe de l’enfant mordu. Placez la chaise face au mur et collez sur le mur, à l’aide de gommettes et à la hauteur des yeux de l’enfant, deux pictogrammes : un montrant un enfant qui mord dans une pomme et un autre montrant un enfant mordant un ami. Donnez-lui un grand « X » en carton avec une gommette au dos et demandez-lui de placer le « X » sur l’image de ce qu’il ne faut pas faire. L’enfant devrait, naturellement, placer le « X » sur l’image montrant la morsure à une personne. Servez-vous ensuite de ce visuel pour réitérer la consigne « Il est interdit de mordre les personnes » et « Les dents sont faites pour mordre les aliments ». Complétez votre intervention avec un troisième pictogramme indiquant ce qu’il faut faire à la place de mordre comme « Je dis ce que je veux avec des mots » (pour l’enfant capable de parler) ou « Je tends la main pour demander le jouet » (pour l’enfant qui ne parle pas encore).

  • Enrichir le vocabulaire
    Les pictogrammes peuvent servir de support visuel pour enrichir le vocabulaire d’un enfant en permettant d’associer l’image au mot. Ceci est particulièrement utile avec les enfants qui présentent un retard de langage, en particulier avec les mots plus abstraits et les verbes d’action.



EN CONCLUSION

Les pictogrammes sont un outil très pratique avec les tout-petits. En combinant la stimulation auditive (consigne verbale), visuelle (pictogramme) et tactile (tenir le pictogramme, pointer, faire l’action désignée) vous renforcez considérablement votre message.