C’est le début de l’année scolaire et Julie accueille deux nouveaux enfants : Rose, 15 mois et James, 3 ans. Les premières journées sont difficiles : Rose pleure beaucoup et semble inconsolable, James joue peu et refuse les invitations de ses camarades. Julie se dit que c’est l’adaptation, que ça va passer. Mais après deux semaines, elle n’a pas l’impression que la situation progresse et se questionne : est-ce normal ?
Une période d’adaptation est normale pour le tout-petit qui intègre un nouveau milieu et peut prendre plusieurs semaines selon le tempérament de l’enfant, ses expériences antérieures, l’anxiété parentale ou sa fréquentation, par exemple un enfant qui fréquente à temps partiel risque de prendre plus de temps à s’adapter qu’un enfant à temps plein. C’est aussi le temps qu’il faut pour qu’un lien se crée entre l’enfant et son éducatrice ou sa responsable de service de garde.
Le Ministère de la Famille a intégré la théorie de l’attachement dans le Programme éducatif des services de garde du Québec car il s’agit d’une des plus grandes avancées du XXème siècle en psychologie de l’enfant. Elle stipule que le nourrisson s’attache petit à petit à la personne qui lui prodigue les soins quotidiens et l’apaise quand il est anxieux. Cette première figure d’attachement est généralement le parent. Le Programme éducatif du MFA explique:
“Fort de ce premier lien, l’enfant en établit ensuite avec d’autres personnes, tels les autres membres de sa famille immédiate, ses grands-parents, le personnel éducateur ou la RSG, par exemple. Ces autres liens ne se construisent pas au détriment du premier mais lui sont complémentaires.”
Ce lien est important pour sécuriser l’enfant, une condition essentielle à son épanouissement. Selon des études, près de 75% des enfants ont un attachement avec leur éducatrice. Développer ce lien émotionnel avec l’enfant, c’est en quelques sorte devenir significatif pour lui.
L’attachement, ça ressemble un peu à un tricot, ça se fait maille par maille, avec une multitude de petits gestes quotidiens. Chaque maille, prise en soi, a l’air de rien mais plus il y en a, plus le lien est solide! Voici des exemples de “mailles”:
- Le lien avec l’enfant passe par le lien avec son parent. Plus celui-ci se sent en confiance, moins il risque d’être anxieux. Comme vous l’avez surement remarqué, quand le parent est détendu, l’enfant l’est aussi et la séparation du matin se passe mieux. Quand l’enfant voit son parent vous parler avec chaleur, il comprend qu’il peut, lui aussi, vous faire confiance;
- Pour le poupon, le fait d’être sensible à ses appels en y répondant dans un délai raisonnable avec affection, de reconnaitre ses besoins et de les combler est essentiel. Quand la même personne s’occupe de lui, il s’attache à cette personne. Ceci implique qu’il y ait stabilité et continuité du personnel en installation;
- Des interactions positives fréquentes sont une excellente façon de tisser le lien: sourire à l’enfant, le bercer, jouer avec lui, rire ensemble, parler de sujets qu’il aime, manger ensemble, faire un câlin, chanter une chanson ensemble, etc.;
- Essayez de passer un peu de temps seul à seul avec l’enfant chaque jour, même s’il ne s’agit que de quelques minutes. En service de garde, cela peut se faire par exemple lors des jeux libres ou après la sieste, quand les enfants se réveillent à leur rythme;
- Demandez à chaque parent quelques photos représentant les membres de la famille (incluant les grands-parents), la chambre de l’enfant, l’animal familier, s’il y en a un, et créez un petit album de photos pour chauqe enfant. Quand il est triste le matin ou s’ennuie de sa famille, regardez son album avec lui;
- Un tableau du déroulement de la journée, illustré par exemple avec des pictogrammes, permet à l’enfant de se repérer dans le temps et de le rassurer sur le fait que son parent va revenir le chercher à la fin de la journée;
- Prendre l’enfant dans vos bras, le réconforter ou le bercer quand il en manifeste le besoin, ce n’est pas le “gâter”, c’est répondre à un besoin fondamental.
En conclusion, la base de votre travail est la relation, et particulièrement la relation affective, que vous établissez avec l’enfant. Prendre le temps de créer et d’entretenir le lien d’attachement avec les enfants dont vous avez la garde sera non seulement aidant pour leur développement global mais également une source de satisfaction pour vous. Alors, tous et toutes, à vos tricots !
