Une maman me parlait de son fils de huit ans. " Antoine, me dit-elle, est un petit garçon très exigeant. Il me fait chaque jour de très nombreuses demandes que je ne peux évidemment pas toujours combler. Quand je lui refuse quelque chose, continue-t-elle, c'est la colère garantie : cris, pleurs, trépignements et même tapes pleuvent sur moi plusieurs fois par jour. Et le pire, ajoute-t-elle en soupirant, c'est que si j'accède à une demande, il n'est pas encore content ! Ainsi, si j'accepte de louer une cassette de jeux vidéo pour lui faire plaisir, il voudra en plus des chips. Je me sens confuse et coupable, je ne sais plus quoi faire…
Différencier besoin et désir
Notre premier rôle comme parent ou intervenant est de répondre aux besoins des enfants. Tout d'abord les besoins physiques : le nourrir, le vêtir, lui prodiguer tous les soins d'hygiène et médicaux (vaccins, etc.) lui permettant de rester en bonne santé. Puis les besoins affectifs lui assurant une sécurité émotive. Mais j'ai bien dit répondre aux besoins et non aux désirs, il ne faut pas confondre les deux ! On reconnait un besoin au fait qu'il est essentiel pour la survie ou le développement de l'enfant. Le besoin est de l'ordre de la réalité et à ce titre, il doit être satisfait assez rapidement. Le désir, par contre, est une construction de l'imaginaire dont la satisfaction n'est pas vitale pour la poursuite du développement de l'individu. À ce titre, l'accomplissement du désir peut, lui, être différé dans le temps. Un désir n'a pas besoin d'être satisfait mais surtout d'être reconnu, entendu!
Si l'enfant a faim, je peux le faire attendre 20 minutes ou une heure mais je devrai, assez rapidement, répondre au signal de la faim parce que c'est un besoin. Mais s'il réclame des croustilles, je peux reporter la satisfaction de cette demande plusieurs heures ou jours plus tard ou même l'ignorer car il s'agit ici d'un désir, non-essentiel à sa survie.
Expliquez cette différence à l'enfant en lui donnant des exemples. Dites-lui que c'est normal, de vouloir plein de choses. C'est même très beau d'avoir des désirs c'est un mouvement vers la vie que d'avoir des " en-vies ". Même les adultes ont des désirs ! Mais on ne peut pas tous les réaliser.
Que faire avec Antoine ?
J'ai proposé à la mère d'Antoine de faire avec lui la liste de ses désirs, d'indiquer par un signe de dollars ceux qui coûtent plus ou moins de sous et ceux qui ne coûtent rien, puis de lui faire constater qu'on ne peut pas tous les avoir, qu'il faut choisir. Voici la liste de ses désirs:
- se coucher plus tard
- louer une cassette de jeux vidéo $
- inviter un ami à coucher
- aller dans des manèges $$
- se procurer des cartes de jeux $$
- regarder la télévision en mangeant
- ne pas faire son lit
- faire ses devoirs plus tard
- avoir des patins à roues alignées $$$
Je proposai à la mère d'utiliser un tableau collé sur la porte du réfrigérateur. Chaque jour est représenté par un carré divisé en trois sections : une pour le matin, une pour l'après-midi et une pour le soir. Pour chaque section où Antoine se comporte bien, il a droit à un autocollant. Chaque jour où il cumule 2 autocollants, il peut choisir dans la liste de désirs, un désir qui ne coûte pas de sous à sa maman. Par exemple, s'il a réussi à diminuer ainsi ses colères, il gagne le droit de se coucher trente minutes plus tard. Et s'il réussit, disons trois jours complets de suite, il a droit à un désir qui coûte un peu de sous, comme louer une cassette de jeux vidéo. Antoine adhéra avec enthousiasme au système et la maman aussi, soulagée d'entrevoir une solution aux perpétuelles crises de frustrations.
Les parents aussi ont des besoins !
L'adulte doit " connecter " l'enfant entre l'imaginaire (et l'on sait que l'enfant a une vie imaginaire très intense!) et les faits, la réalité. Dans l'exemple précédent, relier le jeune à la réalité sera lui faire part du budget disponible dont je dispose et lui démontrer comment et pourquoi je dois tenir compte de ces faits, ce qui est possible ou non.
La réalité, ce sont les faits mais aussi les besoins. Bien des parents se plaignent que leur jeune ne tienne pas compte de leurs besoins, et par conséquent ne les respectent pas. " Je trouve les enfants égoïstes, me dit cette mère, ils ne pensent pas que moi aussi je peux être fatiguée et avoir besoin de me reposer de temps en temps. " Relier l'enfant à la réalité sera d'exprimer ses besoins, de les nommer clairement en disant, par exemple " Je ne suis pas disponible pour le moment, je regarde mon émission de télévision. Trouve-toi quelque chose pour t'occuper jusqu'à la fin de mon émission dans trente minutes. "
Alors la prochaine fois que votre enfant vous demandera quelque chose, posez-vous la question : est-ce un besoin… ou un désir ?
