C'est généralement vers l'âge de 18 mois que l'enfant entre dans ce que l'on appelle communément la phase du "non". À ce stade. la réponse systématique à tout ce que ses parents vont lui proposer sera : "non", "veut pas", "pas" ou un simple "non" de la tête. Cette opposition s’accompagne souvent de colères, bouderies, entêtement ou caprices. L’enfant refuse d’obéir, de manger, de se laver (alors que le bain était jusqu’alors un réel plaisir pour lui…), de s’habiller le matin, etc. Cette étape est normale et peut durer jusqu’à l’âge de 3 ans environ.
Que signifie cette opposition?
La « phase du non » signe trois changements liés entre eux et tous très importants dans le développement de l’enfant.
1- Votre enfant a pris conscience qu’il est une personne distincte de vous, avec sa propre volonté. Il peut, grâce à la marche, se déplacer, explorer, manipuler des objets, etc.
2- Cette nouvelle autonomie l’amène à avoir des désirs ainsi qu’un sentiment de toute-puissance. L’utilisation du « non » lui sert à exprimer ses désirs et indique que votre enfant a commencé ce processus d’autonomie ;
3- Les désirs de l’enfant vont se confronter à vos demandes ! L’enfant ne sait pas jusqu’où va cette autonomie nouvelle. Il « teste » donc sans cesse ses parents pour en expérimenter les limites. Il cherche à comprendre les règles de la maison. Pour trouver ces limites, il a besoin que le parent se positionne clairement. Si le parent ne pose pas cette limite, est incohérent (une fois il la pose, une autre fois il laisse passer), l’enfant sera confus, voire anxieux. Pour obtenir une réponse claire, il est alors capable de vous pousser à bout !
L’intensité de l’opposition dépend du caractère de l’enfant, mais aussi, et peut-être surtout, de la façon dont les parents gèrent ces manifestations.
Comment réagir?
Le rôle des parents à cette étape du développement de l’enfant est crucial! C’est à partir de là que votre rôle éducatif entre en action, en plus de votre rôle affectif. Cela signifie que vous devez commencer à mettre des règles (ou si vous préférez des limites) à votre enfant, bref à faire de la discipline! Beaucoup de parents semblent avoir peur de ce mot ou le perçoivent comme négatif. Or, le mot discipline vient de disciplina qui signifie enseignement, direction. Vous devez enseignez à votre enfant les règles sociales lui permettant de bien fonctionner avec les autres et, par conséquent, d’être sociable.
Il faut savoir que l’enfant ne connaît pas d’instinct la manière de se comporter dans la famille, avec d’autres enfants, dans un groupe, etc. Ce n’est pas inné mais acquis alors que l’agressivité, elle, est innée. Il faut donc que les adultes qui l’entourent, à commencer par les parents, lui transmettent le code de ce qui lui est permis de faire et ce qui est interdit (entre autre pour assurer sa sécurité), de ce qui se fait… et ne se fait pas. Certains parents n’osent pas frustrer l’enfant et ne mettent pas de règles ce qui finit invariablement par mettre l’enfant dans un état instable où il ne sait plus ce qu’il doit faire. Il va alors « tester » les limites : c’est là qu’il faudra un temps infini pour qu’il accepte de mettre son manteau, va refuser de collaborer ou faire un caprice! Et moins il a de directives, pire c’est…
Beaucoup de parents ont du mal à assumer ce rôle éducatif et restent dans le registre affectif au moment où se présente une situation requérant un peu d’autorité. Le cas classique est le moment où le parent va chercher son enfant au service de garde. Après une journée sans voir son enfant il a envie d’être affectueux… mais voilà que l’enfant, au lieu d’être aussi dans ce mode, se rebiffe, refuse de collaborer, chigne, fait un caprice ou même parfois frappe son parent. Celui-ci, déconcerté, n’identifie pas le besoin de structure qui se présente à ce moment et a envie de rester dans son propre besoin qui est affectif. Il se dit que l’enfant est fatigué, qu’il est fâché de ne pas l’avoir vu de la journée, qu’il n’a pas le goût à ce moment-là de faire de la discipline… bref trouve des excuses pour ne pas intervenir et répondre ainsi au besoin de l’enfant.
Dans ce contexte conflictuel l’échange affectif n’est pas plus possible alors que si on instaurait un rituel de départ, l’affectif pourrait reprendre sa place. Il faut cependant accepter de traverser une « zone de turbulence » pendant les quelques jours durant laquelle on établit le rituel de départ. Cette période sera effectivement un peu plus pénible et ne durera en fait que de quelques jours à deux semaines environ, en autant que l’on soit constant et directif dans ce délai, le temps en fait que l’enfant intègre la routine qu’on lui enseigne.
Rappelez-vous que vous ne brimez pas l’enfant en édictant des modes de fonctionnement et en prenant les moyens pour les faire respecter, au contraire les limites claires et cohérentes sont rassurantes pour l’enfant. De plus, il apprend alors à se comporter de manière agréable ce qui favorise l’acceptation et l’intégration par les autres ainsi que les habiletés sociales comme de se faire des amis. En prime, il en résulte des feedback positifs de l’entourage et un cercle social qui contribue à l’estime de soi positive de l’enfant.
Certains enfants vont même frapper leur parent ou éducateur quand ils sont frustrés. En aucun cas un geste violent envers l’adulte – parent ou intervenant - ne devrait être banalisé. L’apprentissage du respect des autres commence au sein de la famille. Il n’y a pas de négociation ou de « chance » à donner. L’adulte devrait nommer clairement l’interdit calmement mais fermement : « Non, frapper est inacceptable » et mettre immédiatement l’enfant en retrait. Une fois celui-ci calmé, l’adulte lui explique que ce geste est inacceptable, lui propose des alternatives, par exemple « Dis-le avec des mots » et demande à l’enfant une réparation comme de s’excuser. Finalement, encourager l’enfant en lui prédisant qu’il réussira à se contrôler la prochaine fois. N’oubliez pas de faire des renforcements positifs et à manifester votre approbation quand l’enfant réussit effectivement à ne pas frapper!
Comment mettre une règle?
Elles doivent correspondre à de nombreux « C »!
1. Une bonne règle est d’abord Centrée. Cela signifie qu’il ne faut pas faire des règlements à tout propos mais pour les choses qui sont importantes. Il faut aussi faire la part des choses entre l'interdit absolu et ce qui peut faire l'objet d’occasionnelles concessions. Dans le premier cas, les parents ne doivent jamais céder, ce sont les limites à ne pas dépasser (situation de danger, principes moraux des parents, etc...), dans le second, des exceptions peuvent avoir lieu. Par exemple la règle « Il est interdit de frapper les autres » est ferme mais la règle « L’heure du coucher est à 8h00 » peut connaître des exceptions par exemple « Aujourd’hui on va faire un spécial parce que c’est la fin de semaine et tu pourras te coucher à 8h30 ». Notez cependant que lorsque vous instaurez une nouvelle règle ou routine, vous ne devez pas faire d’exception aussi longtemps qu’elle n’est pas établie et respectée par l’enfant.
2. La règle doit être Claire et Concrète. Dire à l’enfant « Ne soit pas tannante…» quand c’est le temps de quitter le service de garde est vague. Vous devez être plus explicite, par exemple dire «C’est le temps de s’en aller à la maison. Range ton jouet maintenant et viens mettre ton manteau». Si après 3 répétitions l’enfant ne collabore pas, vous devez joindre le geste à la parole c’est-à-dire aller chercher l’enfant, ranger son jouet et l’habiller. Vous pouvez joindre des éléments de motivation comme un tableau visuel, annoncer une conséquence agréable quand ce sera fait, etc. L’enfant comprendra rapidement (après quelques jours où vous refaites ce même scénario) que c’est la procédure et se mettra à collaborer. Vous pourrez alors, progressivement, le laisser s’habiller par lui-même.
3. La règle doit être Constante et Cohérente. Exprimées de manière constante, les limites sont rassurantes pour l’enfant. Mais quand la réponse varie selon l’humeur du parent, son état de fatigue ou sans raison précise (une fois l’enfant doit ranger ses jouets, la fois suivante dans le même contexte on laisse passer, une fois il y a une conséquence, la fois suivante, non) l’enfant ne peut pas se structurer. Il devient alors insécure, anxieux, agité ou colérique. L’apprentissage ne pourra pas se faire ou beaucoup plus difficilement. C’est pourquoi il arrive que certains enfants ne collaborent pas ou peu pendant des mois ou même plus. La cohérence concerne aussi l’entente entre les parents sur les règles les plus importantes. Pour un sujet de conflit donné, l’enfant doit se voir systématiquement opposer la même réponse, que ce soit en présence du père, de la mère ou des deux parents. Prenons, par exemple, un enfant qui refuse de prendre son bain. Si le père reste ferme mais que la mère cède, l’enfant ne comprendra pas que prendre son bain est une obligation et non une option. Les parents doivent faire équipe et non se saboter l’un l’autre sur les points essentiels comme par exemple le respect. Pour les points mineurs cependant, il n’est pas grave qu’il y ait des différences entre la manière de fonctionner du père et de la mère. Finalement la cohérence consiste à être réaliste et à demander à l’enfant des conduites proportionnelle à son âge et ses capacités.
4. Les règles doivent être Connues à l’avance par l’enfant. Il est donc important de lui expliquer le comportement que vous attendez de lui dans une circonstance données dans un contexte positif et pas seulement quand le conflit se présente. Par exemple, si l’enfant ne veut pas s’habiller le soir pour retourner à la maison, il faut lui en parler à l’avance et préparer des moyens de le motiver (tableau d’encouragement, petits privilèges prévus, livre de modélisation à lire ensemble ou autre) qu’on lui présente à l’avance. Restez Constructif en bâtissant l’apprentissage sur plus de positif que de négatif. Par exemple misez davantage sur des renforcements positifs quand l’enfant collabore que sur du négatif (retrait de privilège, menace de conséquence, etc.). Et veillez à faire vos demandes de manière positive en édictant plutôt le comportement désiré que celui qui est indésirable. Par exemple, il est plus efficace de dire « Parle doucement, prends ta petite voix » que « Arrête de crier ».
5. Les règles doivent être appliquées Calmement. Pour éviter de perdre votre sang-froid, ne répétez pas plus de quelques fois avant d’agir car plus vous répétez, plus vous risquez de vous laisser envahir par l’impatience, la colère… Assumez de laisser l’enfant crier, trépigner… dites-lui simplement que vous avez compris qu’il n’est pas d’accord mais que vous ne céderez pas. Montrez que vous maîtrisez la situation en restant calme et ferme. Si l’enfant fait une crise (le « bacon ») faites un arrêt d’agir jusqu’à ce qu’il ait retrouvé son calme et reprenez le processus.Surtout, apprenez à ignorer les regards de désapprobation de certains adultes qui assisteraient à un caprice de votre enfant. Restez ferme. Pendant la crise, gardez votre sang-froid.
Les livres à lire avec votre enfant qui peuvent l'aider à traverser cette étape:
Caillou - Non, j’ai dit non!
Torpille – Mes petits caprices
Mireille D’Allancé – Non, non et non!
Camille au fil des jours (sur la routine)
