Lorsque l'on vous demande de vous présenter lors d'une réunion ou d'une rencontre, la première chose que vous déclinez, et révélez par le fait même de votre personne, est votre prénom et votre nom. « Bonjour, je m'appelle Jean L'Heureux » ou encore « Mon nom est Linda Gagnon ». Notre prénom est intimement lié de à notre identité profonde. Avant même notre naissance le prénom est recherché, discuté voire attribué. Et dans les toutes premières questions qui entourent la naissance, on confirme le sexe de l'enfant, son état de santé puis son prénom. C'est quelque chose qui nous suit toute notre vie et révèle certaines informations sur notre personne.
Ce que notre prénom peut révéler
En énonçant son prénom on se situe parfois dans le temps, l'espace ou le rang social. Tout d'abord temporellement : les prénoms liés à des modes passagères permettent le calcul approximatif de l'âge de la personne, par exemple la vague des Mélissa survient autour de 1980 alors que la vedette de l'émission américaine « La petite maison dans la prairie » porte ce prénom ou la mode des Stéphanie nous renvoie à la génération de la princesse de Monaco. Le succès des émissions de télé-réalité du style Star Académie a propulsé le prénom de Marie-Mai au Québec ou Nolwenn en France et ainsi de suite. Il peut y avoir également référence au temps de l'année comme c'est le cas pour Marie-Noël ou pour ceux et celles qui étaient prénommés en fonction du Saint associé, dans le calendrier, au jour de la naissance. C'est ainsi que les professeurs et les éducatrices de garderie voient des vagues de certains prénoms affluer dans leurs groupes, pour être remplacé par d'autres complètement différents quelques années plus tard.
D'autres prénoms donnent des indices géographiques, par exemple un prénom comme Kim évoque l'Asie, sans parler du nom de famille qui révèle souvent le pays et même la région d'origine tel que Tremblay associé à la région du Saguenay Lac St-Jean au Québec.
Paramètre culturel, le prénom révèle une ascendance, à tout le moins une influence française, américaine, anglaise, germanique, orientale... Dans les couples issus deux cultures différentes, une asiatique et un occidental par exemple, le prénom va soit chercher à se relier aux deux traditions, soit refléter davantage une des deux branches généalogique. Facteur social ensuite, le prénom peut indiquer la classe sociale, le niveau de vie, les ambitions, l'occupation hiérarchique de la famille au sein de la société ou des valeurs de référence: Catherine De Rochas a de bonnes chances d'avoir quelques liens avec une classe sociale élevée et le parent qui prénomme ses enfants Pierre, Jacques et Marie-Madeleine exprime implicitement des valeurs rattachées à la religion chrétienne.
Différentes lectures du prénom
Pour connaître la signification d'un prénom, on retrouve une multitude d'ouvrages proposant des explications basées sur l'étymologie, la caractérologie, l'astrologie, la numérologie, etc. L'approche psychogénéalogique relie le prénom de la personne à son histoire familiale. C'est ainsi que l'acte de prénommer un enfant n'est pas aussi banal qu'il apparaît au premier regard. Autour de ce choix se greffent d'innombrables raisons, certaines conscientes, d'autres non. Des liens avec des ascendants peuvent être tissés, des missions cryptées, des émotions transmises ou même des secrets enfouis dans le codage du prénom. Pourquoi tel prénom a-t-il eu la préférence plutôt qu'un autre ? Il y a des raisons conscientes à cette sélection et d'autres, plus difficiles à cerner, inconscientes. La première raison évoquée habituellement est celle de l'affinité. Le prénom plaît aux parents et cette justification se convient à elle-même. Mais le choix du prénom répond en fait à beaucoup plus de critères qu'on ne pourrait l'imaginer!
Le prénom est témoin de l'histoire familiale et porteur de l'idéal du parent. Un enfant prénommé Richard porte possiblement la mission de réparer un traumatisme familial de pauvreté, Richard (« Riche-or ») pouvant être un programme de prospérité. Car on donne à l'enfant notre idéal... et si on lui donne un programme de richesse, c'est peut-être que l'on a manqué d'argent. C'est ainsi que l'on peut souvent déduire certains éléments de l'histoire familiale par son contraire ! Si cette marraine appelle sa filleule Josée (« oser-le-je », programme d'estime et d'affirmation de soi) c'est sans doute parce qu'elle-même, ou des membres de cette branche familiale, a eu du mal à s'affirmer.
Pour bien décoder la signification du prénom dans cette approche, il convient de retrouver, dans la mesure du possible, le contexte et les intentions du donneur qui ont déterminé le choix d'un prénom plutôt qu'un autre. Il serait en effet trop simpliste de dire que tous les Samuels sont agités ou toutes les Julie sociables. Prenons le cas de trois petites filles prénommées Florence : la première peut avoir été prénommée ainsi parce qu'elle a été conçue lorsque ses parents visitaient la ville de Florence en Italie, codant ainsi l'art et le goût des voyages. Une seconde Florence peut s'être vu attribué ce prénom parce que sa mère aime les fleurs, codant un talent en horticulture ou pour les parfums. La maman de la troisième Florence aura fait référence à son idole, Florence Nightingale, qui fut infirmière durant la guerre, inscrivant le dévouement et l'attrait vers les métiers de la santé dans ce prénom. Trois Florence qui ont aussi comme programme de base « Flot-rance » soit le rappel d'histoires d'eau négatives dans la famille (inondation, alcoolisme, noyade...) ou de conflits résultants en des rancoeurs avec la mère (l'eau étant un symbole de la mère). Mais aussi trois Florence ayant, comme vous pouvez le constater, des significations complémentaires forts différentes !
Quelques cas de figure
Donner à son enfant le prénom d'une personne admirée ou d'une idole est une manière de rêver, de se projeter dans un imaginaire convoité, de s'approprier un peu d'inaccessible. Si j'admire quelqu'un au point de prénommer mon enfant de son nom, c'est qu'en quelque part je souhaite que mon enfant lui ressemble et devienne éventuellement comme cette personne. La tradition, dans certaines familles, de prénommer l'ainé du même prénom de père en fils, révèle le désir inconscient d'immortalité de l'ascendant, sa peur de la mort et le souhait que son fils lui ressemble en tout point, en mieux évidemment ! Une telle « mission » peut rendre la prise d'identité difficile pour le fils qui craindra par-dessus tout de décevoir son parent.
Donner le nom d'un ancêtre dominant ou d'un cher disparu à qui on veut rendre hommage relie automatiquement l'enfant à cet ascendant et peut amener la répétition de son pattern de vie ou la mission de réaliser certains rêves inachevés, voire de personnifier le cher disparu. Cette dame dit avoir appelé son fils Sébastien parce que son frère Sébastien, donc son oncle, est décédé dans un accident d'auto pendant sa grossesse. Et elle ajoute que son fils a maintenant 10 ans ressemble de plus en plus à son frère qu'il n'a pourtant jamais connu. Sa mère va même parfois jusqu'à dire que c'est lui qui est revenu... Les prénoms choisis pour des jumeaux comportent souvent une assonnance similaire au moins sur une syllabe ou un son. Par exemple Victor et Valérie comportent tous les deux le son « v ». Fait amusant, Victor signifie la victoire et Valérie la rivale, ce qui fait qu'on reste dans le thème du conflit et du combat ! Quand on ne retrouve pas de sons communs, il est étonnant de constater régulièrement un lien dans le sens du prénom. Par exemple Alexandre et Nicolas sont des jumeaux identiques. Bien qu'aucune assonance commune ne soit présente, les deux prénoms sont associés à des personnages de l'histoire qui dirigent : des tsars, des princes, des conquérants..
Le prénom peut parfois se révéler difficile à vivre. C'est souvent le cas des prénoms à l'orthographe compliquée qui trahissent le désir d'orginalité du nommeur. D'autres sont sujets à être ridiculisés... Pierre-Roch Demarbre aura ainsi intérêt à ne pas être de constitution délicate et Claire Lasalle à avoir le sens de l'humour... Etre l'homonyme d'une personne célèbre comporte tout autant d'écueils et bien des gens portant le nom d'un criminel ont demandé à changer de prénom ou de nom. Les initiales peuvent aussi avoir un impact : J.R. a peut-être une connotation de richesse mais F.I.-F. prête le flan à des blagues de mauvais goût. Agressivité envers sa descendance ? Quoiqu'il en soit, cela se passe au niveau inconscient.
Et même dans Harry Potter !
J.K. Rowling a poussé la perfection de son écriture des aventures de Harry Potter au point d'attribuer des prénoms extrêmement signifiants à ses personnages. Harry vient de Henry, un prénom de roi. Harry c'est « l'art-de-rire » des situations les plus périlleuses, de les affronter avec un courage. La sonorité est également proche de « hardi », signalant la bravoure et la force des convictions. Lucius Malefoy, Sirius Black, Severus Rogue, Albus Dumbledore, Remus Lupin portent des prénoms latins à l'accent distingué, donnant une impression de haut rang. Lucius vient de Lucifer qui signifie « la lumière » et Malefoy « de mauvaise foi » en même temps que « maléfice » c'est-à-dire « qui-fait-le-mal ». Son fils Drago, assonance près de Draco comme dans Dracula, signifie « dragon de mauvaise foi ». Sirius est le nom d'une étoile dans la constellation du Grand chien. Le chien noir lui convient donc parfaitement en tant qu'animagus ! Severus, sévère et Rogue, arrogant et raide, révèlent bien ces traits de caractère du personnage. Albus signifie « blanc » ce qui fait de lui l'adversaire parfait du Seigneur des Ténèbres ! Rémus, dans la mythologie grecque, est un des jumeaux (l'autre étant Romulus) élevés par une louve qui leur servit de nourrice tandis que Lupin est le mot latin pour loup, un prénom et un nom annonçant en quelque sorte la transformation du professeur Remus Lupin en loup-garou.
Les prénoms des personnages ont certainement contribué au succès de l'oeuvre !
